samedi 27 août 2011

Tsvetaeva: Pré-voyance - Renoncement

Rainer Maria Rilke - Leonide Pasternak
« Dès que j'aime je ne peux ni ne veux choisir (ce droit plat, étroit !), tu es déjà un absolu. Et tant que je ne t'aime pas (ne te sais pas), je n'ai pas le droit de choisir, car je n'ai pas de relation avec toi (je ne connais pas ta marchandise ! )
Non Rainer, je ne suis pas un collectionneur, et l'homme-Rilke, qui est encore plus grand que le poète (de quelque façon qu'on s'y prenne, on aboutit à cela : encore plus grand !) - parce qu'il porte le poète ! (chevalier et monture, le cavalier !), je l'aime sans pouvoir le dissocier du poète.
Par l'homme-Rilke, j'entendais celui qui vit, publie, que l'on aime, qui est déjà la propriété de tant de gens et doit être fatigué de tant d'amour. - J'entendais seulement ses nombreuses attaches humaines ! - Par l'homme-Rilke, j'entendais cela où il n'y a pas de place pour moi. D'où cette phrase sur le poète et l'homme - pur geste de résignation, de renoncement, de peur que tu n'ailles croire que je veux forcer ta vie, ton temps, ta journée (journée de travail et journée mondaine) qui sont organisés et réglés une fois pour toutes. Renoncement - pour éviter d'avoir mal ensuite : ce premier nom, cette première date à quoi on se heurte et qui vous repoussent (pré-voyance - renoncement).
Cher, je suis très obéissante. si tu me dis :"n'écris pas, cela me dérange, je me suis trop nécessaire."
Je comprendrai, j'affronterai tout.»

Marina Tsvetaeva à Rainer Maria Rilke, Saint-Gilles-sur-Vie, jour de l'Ascension 1926