mercredi 18 mars 2009

Jouve: Paulina nue

BalthusMichelinaendormie
 Michelina endormie - 1975 - Balthus - 1975
                                                                                      
« Paulina était nue.

Etre nue c’est être absolue enfin. Elle se sentait nue dans son ventre enveloppé d’ombre, dans ses deux mamelles visibles dont les pointes durcissent à l’air frais,, dans sa chevelure déployée, dans l’intérieur de son esprit. 

Les regards de Michele l’absorbaient elle et son secret. 

Je ne lui cache plus le secret, qu’il cherche à le lire. Je lui obéis s’il parle, je m’apprête sur un signe, je me tiens comme il le demande, pour faire ressortir une beauté qui lui plaît aujourd’hui. 

La nudité c’est le charme, l’enfance, ou encore la guerre. Je vais lui faire la guerre merveilleusement douce et flanc à flanc. Je vais le conquérir : toi par moi et moi par toi. Elle regarde l’ennemi, il est beau, l’homme nu est une chose si une qu’elle en tremble. Elle est bouleversée et affaiblie. Il vient. 

A côté de leur passion, plus loin ou plus bas que leur passion, ou même sans elle, la vie de leurs deux corps, de leur corps unique poursuivait son propre plaisir et accomplissait sa destinée. 

Le corps était une chose sainte.

Paulina recherchait souvent un état d’illumination et de fureur dans lequel personne n’existait plus ni lui ni elle. Elle était désorbitée, jetée à l’infini. Mais parfois c’était simplement le bonheur d’être sa femme, rien que sa femme, le double de son bonheur, une faible partie de son souffle. Un autre jour l’imagination poétique intervenait, faussait les caractères, elle croyait être prise par un homme-animal qui n’était pas Michele et qu’elle adorait comme un fétiche. Elle avait aussi le désir d’être un homme afin de le prendre lui, de quitter la passivité, qui la minute suivante lui donnait sa joie. O fantômes ! O contraires ! Pour la quatrième ou cinquième fois elle perdait le sens et sa raison fondait dans la joie comme une étoile dans le ciel du matin.

Terre céleste ! Terre céleste ! comment rester avec toi.»

In Paulina 1880, Pierre Jean Jouve (Ed. Mercure de France)